Infidèle
Il regardait son épouse.
Elle était toujours aussi belle avec son visage lisse comme celui d'une jeune fille et sa silhouette longiligne. Où était passée leur belle complicité ? Chacun ayant ses occupations, ils ne
communiquaient plus. Elle avait essayé plusieurs fois d’avoir une discussion pour comprendre cette relation qui n’existait plus et ces mots devenus acides quand ils n’étaient pas
indifférence. Il la fixait toujours avec ce regard pensif quand elle leva les yeux de son assiette. La question fusa : « j’ai une
mouche sur le nez ? ». L’accent irlandais qui l’avait charmé autrefois lui écorcha les oreilles. Pour une fois il n’eut pas envie d’avoir le dernier mot et eut un haussement d’épaules
avant de se concentrer de nouveau sur le contenu de son assiette. Il savait que son hyperactivité, son travail et ses fonctions de bénévole l’occupaient beaucoup. Il n’avait pas vu la dérive ni
le moment où il s’était déconnecté
Ses hôtels fonctionnaient parfaitement. Pour le dernier qu'il avait acheté au printemps il avait embauché une jeune directrice qui avait acquis son expérience en faisant le tour de l'Europe dans
de grands hôtels.
Très professionnel, lors de l'entretien d'embauche il avait surtout remarqué son expérience professionnelle, sa distinction et sa classe. Depuis ce jour-là, elle assumait parfaitement sa
fonction.
De plus en plus souvent il pensait à cette jeune femme qu'il avait regardée différemment à la suite de la dernière réunion mensuelle de ses directeurs. Elle était restée quelques jours de
plus pour une formation. Ils avaient déjeuné une fois ensemble. Après avoir traité quelques sujets relatifs au travail, la conversation s'était élargie, était devenue plus personnelle
aussi. Il l'avait appréciée d'une manière différente. Il avait vu une jeune femme jolie, charmante, cultivée. Il s'était surpris à faire l'effort de vouloir plaire, lui si sûr de son
charme, de son physique, lui le patron, l'homme de cinquante ans, marié et père de famille.
Ce soir, assis à la table du dîner, face à son femme, il se sentait mal à l'aise. Ses pensées vagabondes lui donnaient un air pensif qui intrigua son épouse. Quand elle s'en inquiéta, il lui
répondit :"juste un petit problème au bureau".
Plus tard, dans l'intimité de son bureau, il repensa à l'inquiétude de sa femme et réfléchit à ce mensonge, à ce "petit problème au bureau". Il lui plaisait, il l'avait bien vu. De son côté, il
devait bien se l'avouer, elle l'intriguait et elle avait quelque chose de spécial qu'il aimait bien. Jusqu'à présent, il ne s'était rien passé... pas encore, pas un geste, pas une parole les
engageant vers une liaison. La tentation était là, il lui suffisait d'un mot pour s'aventurer en terrain inconnu, celui de l'infidélité... mais ne l’était-il pas déjà par la
pensée ?
Mélodie
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