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Jeudi 15 mai 2008

 

C’était le mois de mai. Il aurait pu être banal. il fut exceptionnel, et même historique. Mai 68.

je me souviens de cette année là, pas à cause du mois de mai, mais parce que j'étais entrée au lycée, que c'était mon année de seconde.

L'année où moi, la meilleure élève en maths pendant mes années collège, j'ai dû affronter les mathématiques modernes et la géométrie dans l'espace.

Jusque là, les ensembles, éléments, notions d'appartenance n'existaient pas. Et tout à coup, je n'ai plus eu d'équation à résoudre. On me parlait un langage que je ne comprenais pas. Et les notes en dessous de 5 s'alignaient dans mon carnet. ça aurait pu ne pas être grave dans une seconde littéraire, mais en seconde C, c'était la catastrophe. Il était impensable que j'aille en littéraire, à cette époque j'étais incapable de disserter, d'aligner 2 mots.

Je ne me laissais pas décourager. Je suivais les cours de maths, je travaillais autant à la maison. Le prof nous annonça le contrôle qui compterait pour le livret scolaire - vous savez, celui qui nous suit jusque' au bac et il précisa que ceux qui ne viendrait pas aurait zéro.

Le jour du contrôle, grève des bus ! Et super manif à Paris au quartier latin. J'annonçais à ma mère mon intention de me rendre au lycée à pied pour faire le contrôle. Je ne sais pas bien pourquoi, elle était persuadée que je voulais me rendre à la manif! La discussion a été très houleuse.

Je suis quand même rendue au lycée... pour trouver porte close : "LYCEE EN GREVE" annonçait la pancarte.  Avec quelques camarades de classe, nous sommes allés dans notre troquet, pour discuter, refaire le monde et jouer au baby-foot !

Quand je suis rentrée à la maison, ma mère me demanda comment s'était passé mon contrôle,  non sans ironie, comme si elle savait que le lycée était fermé. Je lui dit donc ce qui 'était passé. J' reçu la plus grosse engueulade de ma vite. Je n'ai pas d'autre mot pour la qualifier. Le mot menteuse revenait comme une mitrailleuse, elle criait tellement fort que j'en avais la nausée. Elle s'est arrêtée quand je me suis précipitée aux toilettes pour vomir. La voyant plus calme et malgré le visage fermé qu'elle affichait, j'ai essayé de lui expliquer de nouveau. Elle m'a juste coupé la parole et me dire que pour ma punition je n'irai pas au mariage de ma cousine au mois de juin. Puis elle s'est détournée pour ne plus m'adresser la parole.  Mes tentatives de communication n'aboutissaient pas. Je me sentais démunie devant cette rancune.

Je voulais lui dire l'absurdité de ce qu'elle imaginait. Moi, lycéenne de 15ans, avec mes couettes à la Sheila et mes socquettes, 1,55m, 42kg montant dans un camion militaire (service minimum de la RATP !) pour me rendre je ne sais où dans Paris ! Et crier des slogans révolutionnaires aux côtés de Dany le Rouge.  C'est vrai que je l'avais croisé à la sortie de mon lycée distribuant des tracts sur le "mouvement du 22 mars".  C'est vrai que pour elle il s'agissait d'enfants gâtés de bourgeois qui s'amusaient un peu...

Un jour, mon beau-père ayant pitié de moi, me conseilla de m'excuser. Mais, m'excuser de quoi ? Je ne comprenais pas. Avant de m'endormir et toute la journée j'ai répété ce que j'allais lui dire pour m'excuser. J'étais complètement déboussolée. J'avais désobéi, mais c'était pour une bonne raison.

Vers 18h, au moment où je l'aidais à préparer le dîner, je me suis lancée : "Excuse-moi d'avoir désobéi !" elle m'a répondu : "d'accord, mais la punition tient toujours». C’est tout. C'était comme si les deux semaines qui venaient de passer étaient effacées.

Ma fierté avait été égratignée.

Début juin, le lycée était toujours en grève. Je suis allée chez mon père rue d'Orsel à Paris. Il faisait très beau. J'ai fait du tourisme dans Paris. Pendant ce temps, ma mère, son mari et ma petite sœur faisait la noce aux Sables d'Olonne, le coffre de la voiture plein de jerricans d'essence et de pommes de terre. Ma tante était persuadée qu'on mourait de faim à Paris.

Ce refus de me croire est une cicatrice. Il m’est arrivé d’être traitée de naïve parce que je prends pour argent comptant ce qu’on me dit, tant que je n’ai pas la preuve du mensonge. 

Mélodie

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par BIGORPHEA publié dans : Quatrième défi (Un souvenir d'enfance)
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Commentaires

J'avais aussi presque quinze ans en mai 1968. J'ai vécu cela à Nice et j'en ai toujours gardé un souvenir particulier dans lequel je n'ai aucun souvenir de conflits avec mes parents... il est vrai que je disais pas à la maison que je participais aux défilés avec un père officier supérieur (j'ai tout dit !). Je suis reparti dans ces semaines si étranges grâce à la lecture de ton texte. 1968 reste dans mon histoire personnelle une année référence d'énormes bouleversements dont le souvenir sans être aujourd'hui traumatisant reste horriblement cuisant. Amitiés de Metz, @ bientôt, Marc
commentaire n° : 1 posté par : Marc de Metz (site web) le: 16/05/2008 22:22:11
C'est terrible le manque de confiance...je connais bien ce problème....On sent que ça t'a marqué à jamais...merci pour ta participation j'avais 18 ans à l'époque.....bisous...
commentaire n° : 2 posté par : le bigorneau (site web) le: 19/05/2008 13:56:50
Parfois l'attitude des adultes est incompréhensive. Sans doute avait-elle un mensonge bien rangé dans sa conscience pour t'en vouloir autant. Est-ce que tu as éclairci avec elle cette attitude si injuste? Parce que ce n'était pas à toi de t'excuser.
commentaire n° : 3 posté par : polly (site web) le: 21/05/2008 21:37:27
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